La transition en chiffres — L3
Université Grenoble Alpes
Émissions annuelles mondiales de CO2
Source : Hannah Ritchie and Max Roser (2020) — “CO2 emissions”, OurWorldInData.org
CO2 = \underbrace{\frac{CO2}{\text{Énergie}}}_{\text{intensité carbone}} \times \underbrace{\frac{Énergie}{PIB}}_{\text{intensité énergétique}} \times \underbrace{\frac{PIB}{POP}}_{\text{niveau de vie}} \times \underbrace{POP}_{\text{population}}
Source : OurWorldInData.org — Kaya identity: drivers of CO2 emissions, d’après Global Carbon Budget (2023).
L’énergie bas-carbone est rare.
\Rightarrow plus la consommation totale d’énergie est élevée, plus il est difficile de décarboner le mix.
| Facteur | 1971 | 2019 | Variation | Rythme annuel |
|---|---|---|---|---|
| Contenu carbone (CO2/Énergie) | 260 g/kWh | 230 g/kWh | −11,5 % | −0,25 %/an |
| Intensité énergétique (Énergie/PIB) | 2,5 kWh/$ | 1,3 kWh/$ | −48 % | −1,3 %/an |
| PIB / hab ($ PPA 2011) | 5 970 $ (1970) | 16 090 $ | +170 % | +2,0 %/an |
| Population | 3,7 Md | 7,8 Md | +110 % | +1,5 %/an |
Les deux facteurs technologiques ont baissé — mais bien trop lentement pour compenser la hausse de la population et du niveau de vie : les émissions mondiales ont presque triplé.
Trajectoire GIEC 2 °C : diviser les émissions par 4 d’ici 2050, soit −5 %/an.
En tenant pour acquises les tendances démographiques et de niveau de vie :
Soit +2,7 %/an à eux deux, à compenser par les deux facteurs technologiques ?
% en gras = part des émissions anthropiques totales de GES (2019, cf. chapitre 2). 61 % ≈ 75 % × 81 %.
L’identité de Kaya ne couvre que le CO2 énergétique : environ 61 % du problème climatique.
Un gain d’efficacité énergétique (baisse d’Énergie/PIB) peut se traduire par une hausse de la consommation totale.
| 2000 | 2018 | |
|---|---|---|
| CO2 énergétique (Europe) | ~3,5 Gt | ~3 Gt |
| Contenu carbone | 200 g/kWh | 170 g/kWh (−15 %) |
| Intensité énergétique | 1,5 kWh/$ | 1,0 kWh/$ (−33 %) |
Source : Global Carbon Project (2021)
Le découplage désigne une dissociation entre la trajectoire du PIB et celle des émissions (ou, plus largement, de la pression environnementale).
Seul le découplage absolu est compatible avec une trajectoire de neutralité carbone : le découplage relatif peut coexister indéfiniment avec une hausse continue des émissions en tonnes.
Il y a découplage absolu si et seulement si
\underbrace{\frac{CO2}{Énergie} \times \frac{Énergie}{PIB}}_{\text{baisse}} \quad \text{compense plus que} \quad \underbrace{\frac{PIB}{POP} \times POP}_{\text{hausse}}
ie. une baisse de l’intensité carbone et de l’intensité énergétique, plus rapide que la hausse combinée de la population et du PIB/hab.
Girard, Le Gall, Meignan & Wen (2022), “Croissance et décarbonation de l’économie”, Trésor-Éco n°315, Direction générale du Trésor.
Sur les 25 pays aux émissions les plus élevées, entre 2005 et 2018 :
Au niveau mondial, le découplage reste relatif, pas absolu — les émissions totales continuent d’augmenter.
Source : Carbone 4 (2021), “Découplage et croissance verte”.
Source : Carbone 4 (2021), “Découplage et croissance verte”.
Source : Carbone 4 (2021), “Découplage et croissance verte”, graphique 4.
Trois questions à poser systématiquement face à une annonce de “découplage” :
Repères : Carbone4 (2021), “Découplage et croissance verte” ; Parrique, T. et al. (2019), “Decoupling Debunked”, European Environmental Bureau ; Girard et al. (2022), Trésor-Éco n°315 — lues et discutées au TD de ce matin (voir td/td5-brief.qmd).
Constat : le découplage absolu existe (France, UE), mais il est local et trop lent.
Deux stratégies pour combler l’écart, lisibles dans l’identité de Kaya :
| Leviers de Kaya mobilisés | Le PIB/hab… | |
|---|---|---|
| Croissance verte | \frac{CO2}{Énergie} et \frac{Énergie}{PIB} | continue de croître |
| Décroissance | les mêmes + \frac{PIB}{POP} | baisse (dans les pays riches) |
Le désaccord ne porte pas sur l’objectif (neutralité carbone), mais sur la vitesse possible du découplage.
Thèse : on peut réduire les émissions en niveau tout en continuant à faire croître le PIB.
À bas niveau de développement : la pollution ⬆️ avec la croissance (industrialisation, priorité donnée à la production)
Au-delà d’un certain seuil de richesse : la pollution ⬇️ avec la croissance (demande de qualité environnementale, transition vers les services, réglementation plus stricte)
\rightarrow La CKE sur des données territoriales donne une image trop optimiste de la relation croissance-environnement.
Critique de référence : Stern, D. I. (2004), “The Rise and Fall of the Environmental Kuznets Curve”, World Development, 32(8), 1419-1439.
Thèse : dans les pays riches, il faut réduire la production et la consommation matérielles ; la croissance verte est un pari trop risqué.
Plutôt que de choisir un camp, évaluer les politiques une par une :
| Question posée | |
|---|---|
| Efficacité | Combien de tonnes de CO2 évitées ? |
| Coût économique | Quel effet sur l’activité, l’emploi, les prix ? |
| Coût social | Qui paie ? (ménages modestes, ruraux…) |
Les économistes peuvent proposer un menu de trajectoires possibles
Le choix dans ce menu dépend des préférences sociales : il n’est « pas du ressort de l’économie », mais politique.
Rôle de l’économiste : chiffrer les options, pas trancher à la place des citoyens.
Raisonnement de Pigou (externalités), même dans un cadre néoclassique standard :
La question « croissance ou décroissance ? » suppose que le PIB mesure ce qui compte.
TD (1h) : rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi (2009) — voir td/td6-brief.qmd du chapitre 6.
Cours (1h) : critiquer le PIB — le donut, indicateurs alternatifs.
La transition en chiffres
Comment atteindre l’objectif 2 °C ?
Réduction requise sur (Énergie/PIB) × (CO2/Énergie) : −7,5 %/an ie. −3,8 %/an sur chacun des deux facteurs
\Rightarrow Soit on abandonne la croissance, soit on réussi à décarboner à un rythme jamais observé par le passé.