La transition en chiffres — L3
Université Grenoble Alpes
\Rightarrow ces coûts ne sont ni visibles ni isolables dans la comptabilité nationale, mais ils peuvent être ajoutés pour produire des indicateurs « augmentés ».
Dans le cadre de la CN :
💡 On augmente la CN pour prendre en compte les effets du changement climatique
Un ensemble de comptes cohérents qui décrit toute l’économie d’un pays : ce qu’elle produit, les revenus qu’elle distribue, ce qu’elle consomme, épargne et investit, et le patrimoine qu’elle accumule.
Valeur marchande totale des biens et services finals produits dans un pays au cours d’une période donnée.
Chaque mot compte :
\Rightarrow 3 façons équivalentes de calculer le PIB
\text{Valeur ajoutée} = \text{production} - \text{consommations intermédiaires}
Y = C + I + G + EX - IM
| Approche | On additionne… | Sert à… |
|---|---|---|
| Production | les valeurs ajoutées | analyser les branches |
| Dépenses | C + I + G + EX - IM | analyser la demande |
| Revenus | salaires + revenus du capital | analyser le partage et l’épargne |
Que fait un pays de son revenu ? Il le consomme ou il l’épargne.
| Produit intérieur brut (PIB) | |
| + | revenus nets reçus du reste du monde (salaires, dividendes, intérêts) |
| + | transferts courants nets reçus du reste du monde |
| = | Revenu national disponible brut |
| − | consommation finale (ménages et administrations) |
| = | Épargne brute |
Produire use le capital : machines, bâtiments, routes. Cette usure est la consommation de capital fixe.
\text{agrégat net} = \text{agrégat brut} - \text{consommation de capital fixe}
| France, 2023 | Brut | Net |
|---|---|---|
| Production | PIB | PIN : 2 294 Md€ |
| Épargne | épargne brute | épargne nette : 68 Md€ |
Le PIB peut augmenter pour deux raisons : la hausse des prix ou celle des quantités.
→ utile plus loin : l’Insee compare la croissance en volume du produit net usuel et du produit net ajusté.
Le PIB est un bon outil pour suivre l’activité, mais il laisse de côté :
→ Face au climat, trois limites comptent : la frontière de production (santé, mortalité), l’absence de prix pour les externalités (2), et l’usure du capital naturel (1).
= ensemble des activités comptées dans le PIB i.e. celles qui donnent lieu à une transaction monétaire (plus les loyers que les propriétaires occupants se versent à eux-mêmes).
| Dommages causés par une tonne de CO2 émise en 2023 | €/t CO2 éq |
|---|---|
| Dans la frontière : pertes de production (agriculture, énergie, bâtiments…) | 90 |
| Hors de la frontière : santé, mortalité | 82 |
| Total = coût social du carbone | 172 |
→ Près de la moitié des dommages d’une tonne de CO2 échappe par construction au PIB.
Le PIB valorise au prix de marché. Or, pour le climat :
→ Question de soutenabilité : la production d’aujourd’hui se fait-elle au détriment de celle de demain ?
| Limite du PIB | Conséquence pour le climat | Réponse étudiée |
|---|---|---|
| [1] Frontière de production | santé et mortalité hors champ | Insee : indicateurs étendus |
| [2] Pas de prix, pas de valeur | les services de la nature valent zéro | CAE : valeur ajoutée élargie de la forêt |
| [3] Brut : pas d’usure du capital naturel | les émissions dégradent le climat futur sans laisser de trace | Insee : produit net ajusté |
→ Deux façons d’augmenter les comptes : au niveau macroéconomique (Insee), par secteur (CAE).
\text{PIN} = \text{PIB} - \text{consommation de capital fixe}
→ La comptabilité usuelle sait déjà retrancher l’usure d’un capital.
💡 L’Insee applique le même raisonnement au climat : le PIB n’est pas modifié, ce sont les agrégats nets qui changent.
| Capital climatique | Budget carbone | |
|---|---|---|
| Définition | le climat, qui rend des services aux activités humaines | le cumul d’émissions encore autorisé d’ici 2050 |
| Coût associé | les dommages | la décarbonation |
| Valorisé par | le coût social du carbone | la valeur d’action pour le climat |
Produit intérieur net ajusté (PINA) :
\begin{aligned} \text{PINA} = \text{PIN} \; & - \underbrace{\text{dégradation du climat mondial}}_{\text{émissions des résidents × CSC (part dans la frontière)}} \\ & - \underbrace{\text{consommation du budget carbone}}_{\text{émissions territoriales × VAC}} \end{aligned}
La question : combien coûte, en dommages futurs, une tonne de CO2 émise aujourd’hui ?
\underbrace{403 \text{ Mt CO2 éq}}_{\text{émissions des unités résidentes, 2023}} \times \underbrace{90 \text{ €/t}}_{\text{coût social, dans la frontière}} \approx \underbrace{36 \text{ Md€}}_{\text{capital climatique dégradé}}
La question : combien faut-il être prêt à payer pour éviter une tonne de CO2, si l’on veut tenir l’objectif de neutralité carbone en 2050 ?
Du prix aux 57 Md€ : chaque tonne émise retire une tonne au budget, qu’il faudra éviter plus tard, au prix de la VAC.
\underbrace{373 \text{ Mt CO2 éq}}_{\text{émissions territoriales, 2023}} \times \underbrace{154 \text{ €/t}}_{\text{VAC, 2023}} \approx \underbrace{57 \text{ Md€}}_{\text{budget carbone consommé}}
| En milliards d’euros | 2023 |
|---|---|
| Produit intérieur net (PIN) | 2 294 |
| − dommages dans le monde dus aux émissions françaises | − 36 |
| − consommation du budget carbone | − 57 |
| = PIN ajusté (PINA) | 2 200 |
| − dommages sur la santé et la mortalité (hors frontière) | − 33 |
| = PINA étendu | 2 167 |
Source : Larrieu & Roux (2024), Insee Analyses n°98, figure 3. Les écarts d’une unité tiennent aux arrondis.
Barres : écart de croissance avec le PIN, en points de % (axe de gauche). Courbe : croissance du PIN en volume, en % (axe de droite). Source : Larrieu & Roux (2024), Insee Analyses n°98, figure 4.
Contexte : Une note de conseil aux politiques publiques
Question : Comment mettre un prix sur tous les services rendus par la forêt, pour les intégrer dans les comptes nationaux ? Ce qui permet de :
Pourquoi la forêt ? Un rôle central dans la neutralité carbone, des services très divers ; l’exercice a vocation à s’étendre à d’autres écosystèmes.
Composantes du puits forestier, France métropolitaine, 1990-2023, en kt CO2 éq. (négatif = absorption).
Bilan carbone annuel moyen de la filière bois, 2020-2050, en Mt CO2/an (négatif = carbone retiré de l’atmosphère). Source : Note du CAE n°86, figure 2, d’après IGN-FCBA (2024).
Une tonne stockée en forêt ne vaut pas une tonne évitée : le stockage n’est pas permanent (coupes, tempêtes, sécheresses, incendies).
\text{Valeur sociale de la séquestration forestière} = 0{,}4 \times \text{coût social du carbone}
→ soit environ 0{,}4 \times 185 = 74 € par tonne de CO2 séquestrée.
Source : Note du CAE n°86, recommandation 3 ; d’après Groom & Venmans (2023)
« C’est le prix à payer pour imaginer construire un indicateur synthétique. » (Insee)
La transition en chiffres